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article sur telquel  [1 réponse]
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Imprimer samedi 22 novembre 2008 à 03:45  
+hima
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Récemment classée “Patrimoine culturel national”, Bejaâd, la ville des mille et un saints, aspire désormais au statut plus universel de patrimoine culturel de l'humanité… Et elle semble bien partie pour le décrocher.


Boujad, Boujâad, Bejaâd, Abou Jâad ou Abi Jâad… même les panneaux de signalisation, plantés ça et là, sur cette étroite bande poussiéreuse d'asphalte qu'est la Route principale n° 13 reliant la ville à Berrechid, semblent hésiter sur la transcription exacte du nom de la capitale des Charkawa. Une hésitation qui vient accentuer la confusion sémantique
entourant les origines du nom de cette bourgade, coincée entre Oued Zem et Kasbat Tadla. Certains Bejaâdis vous diront que leur ville doit son nom à la présence, autrefois massive sur ses terres, d'une race de chacal dénommée Abou Jâada. D'autres lient l'origine de ce nom à la Jâada, un arbuste local aux fruits amers, qui couvrait jadis les collines environnantes. Aujourd'hui que les chacals sont devenus rares et que les collines ont disparu sous les amas de béton de la ville nouvelle, bâtie par les colons français au début du vingtième siècle, la principale survivance de ce passé pour le moins exotique sont les mille et un saints, disséminés dans l'ancienne médina de Bejaâd.

La ville a été fondée au 15ème siècle par Bouabid Charki, alias Mohamed Abou Oubaïdallah Charki, un éminent soufi, descendant direct du calife Omar Ibn Al Khattab. Elle était à l’origine un centre spirituel, prisé par les voyageurs en quête d'enseignement religieux. À la mort de Bouabid Charki, ses nombreux fils reprennent le flambeau, perpétuant ainsi le développement de Bejaâd, qui prend de l'ampleur au fur et à mesure que la Zaouia Cherkaouia gagne en puissance. Dès lors, la modeste bourgade, que l'on surnomme à l'époque la petite Fès, acquiert le statut de centre spirituel majeur. Escale incontournable entre Fès et Marrakech à travers l'ancienne route des Zaers, elle rayonne de son aura spirituelle, culturelle, économique et politique sur l'ensemble du territoire marocain et même au-delà.

Le culte et le culturel
Des siècles durant, à l'occasion du moussem annuel de Bouabid Charki, des pèlerins issus de toutes les régions du Maroc y affluent en masse. En parallèle, mausolées et mosquées s'y multiplient à vue d'½il, à tel point que chaque ruelle abrite le tombeau de tel ou tel autre fils, descendant ou proche de Bouabid Charki. Une inflation de saints qui confine parfois au burlesque. Surtout lorsque l'on sait que même Sidi Othmane, le coiffeur personnel de Bouabid Charki, dispose de son propre mausolée. Telle est Bejaâd, une ville où le sacré est omniprésent, à chaque coin de ruelle et finalement au centre de la vie de ses habitants. Mais au-delà de ce mysticisme souvent envahissant, Bejaâd est également un centre culturel important. Dès sa création, la ville de Bouabid Charki se dote en effet d'une multitude de médersas qui fournissent au Maroc quelques-uns de ses plus éminents oulémas.

Au départ purement religieux, l'enseignement dispensé dans ces médersas se diversifie au fil des siècles. Des écoles comme celles de Cheikh El Mâati, Lâaouina, et surtout la Médersa Hassania, la Médersa Mohammadia et l'école de l'Alliance juive forment, par fournées, des lauréats dans des disciplines aussi diverses que la théologie, le droit, la calligraphie, la littérature, voire la poésie et l'astronomie. Mais le plus grand mérite de ces établissements est d'avoir instauré dans la cité une réelle tradition d'érudition. Dotés d'une prédisposition quasi génétique pour les études, les enfants de Bejaâd ont longtemps fait figure de surdoués du système éducatif marocain. Et malgré son enclavement et le nombre relativement réduit de ses habitants (estimé à quelque 40 000 âmes), cette petite bourgade caracole souvent en tête du classement des académies marocaines en termes de notes et de lauréats admis aux épreuves du baccalauréat. Avec trois collèges et autant de lycées, elle se situe aussi parmi les localités marocaines les plus nanties en matière d'infrastructures et de personnel pédagogiques.

Surreprésentée dans les universités, les instituts d’enseignement supérieur et d'ingénierie, Bejaâd regorge de diplômés dans diverses disciplines, souvent les plus pointues. La plupart choisissent cependant l'exil et vont s'établir dans des villes qui leur offrent des perspectives plus avantageuses que leur ville natale, frappée de plein fouet par le chômage. Localité semi-rurale vivant principalement de l'élevage d'ovins de la prestigieuse race jaune, ainsi que d'une agriculture traditionnelle de plus en plus malmenée par une pluviométrie capricieuse, Bejaâd n'offre en effet que peu de débouchés à ses surdoués. Hormis l'agriculture et l'artisanat, le premier employeur n'est autre que l'administration publique, largement saturée. Résultat : chaque jeudi, à l'occasion du souk hebdomadaire, il n'est pas rare de croiser des cireurs bacheliers ou des bouchers licenciés. Mais le sourire et la dignité restent de mise.

Mot d’ordre : solidarité
Loin de sombrer dans le fatalisme qui sévit d'habitude dans pareilles contrées, les Bejaâdis savent garder la tête haute en toute circonstance. Et étrangement, le chômage et la pauvreté semblent ici moins insupportables qu'ailleurs. À cela une raison toute simple : “Les Bejaâdis peuvent compter sur une solidarité clanique sans faille. Tels les membres d'une grande famille, ils sont soudés par des liens solides qui imposent à chacun d'épauler ses proches pour surmonter les difficultés de la vie”, confie Abdelilah Ben Tebaâ, enseignant chercheur natif de Bejaâd et directeur de Madinati Abi Jâad, l'unique périodique de la ville. Une solidarité palpable dans les rues de l'ancienne médina où les passants se saluent par leurs prénoms et où les portes des maisons sont constamment ouvertes, accueillant à bras ouverts le passant avec une sincère hospitalité. “Même si chaque année, pendant le mois de septembre, à l'occasion du Moussem de Bouabid Charki, la population de Bejaâd triple, vous ne trouverez dans cette ville aucun hôtel. L'art de recevoir est ici une véritable tradition”, affirme à ce propos Ahmed Zindeddine, président adjoint du conseil municipal de Bejaâd.

Ayant longtemps côtoyé l'importante communauté juive de la ville, les Bejaâdis ont également acquis un sens de la tolérance et du respect des différences qui force l'admiration. Contrairement aux autres médinas du Maroc, celle de Bejaâd est dépourvue de mellahs, ces quartiers où les juifs vivaient à l'écart de la population musulmane. “À Bejaâd, juifs et musulmans vivaient côte à côte. Ils fréquentaient les mêmes écoles, les mêmes fours et les mêmes bains publics”, explique Abdelilah Ben Tebaâ dans sa thèse sur la communauté juive de Bejaâd. Malgré leur exode massif, de nombreuses familles juives disposent toujours de maisons dans la médina de Bejaâd.

Patrimoine de l’humanité ?
Pour autant, dans cette bourgade attachante, qui semble couler des jours paisibles, tout n’est pas rose. Le tableau idyllique est terni par l'émergence de phénomènes nouveaux, tels que l'usage de la drogue parmi une jeunesse vouée au désoeuvrement et, surtout, l'immigration clandestine qui fait de plus en plus d'émules. Longtemps épargnée par le “hrig”, pourtant très répandu dans les villes voisines de Khouribga et de Beni Mellal, Bejaâd commence à voir une partie de plus en plus importante de sa jeunesse tenter le départ hasardeux vers des horizons plus cléments. Dans la vieille médina, les maisons désertées se font de plus en plus nombreuses. Certaines de ces anciennes demeures sont ainsi mises en vente à des prix modiques, dépassant rarement les 100 000 dirhams. Conscient de cette nouvelle réalité, le Docteur Saïd Serrar, président usfpéiste du Conseil municipal de Bejaâd, multiplie les initiatives pour inverser la fâcheuse tendance. Une enveloppe budgétaire de 82 millions de dirhams sur trois ans vient tout récemment d'être débloquée pour accélérer la mise à niveau de la ville.

Entre autres investissements, elle prévoit le renforcement des infrastructures de base de Bejaâd et la réhabilitation matérielle et culturelle de la place Mohammed V, qui présente de nombreuses similitudes avec celle de Jamâa El Fna à Marrakech. Mais surtout, “une grande partie de cette importante enveloppe sera consacrée à la multiplication des espaces de loisirs et d'activités culturelles en faveur de la jeunesse, ainsi qu'à la création de pépinières pour jeunes promoteurs et d'une zone d'activités industrielles pour résorber un tant soit peu la crise de chômage qui sévit à Bejaâd”, déclare Saïd Serrar. La première étape de cet ambitieux projet, qui profite du soutien de quelques membres éminents de l'intelligentsia bejaâdie, dont notamment Habib El Malki, ministre de l'Education nationale et député de la ville, a été franchie le samedi 12 mai 2007.

Réunis ce jour-là dans les locaux flambant neuf du Conseil municipal de Bejaâd, des représentants du ministère de l'Education nationale, du ministère de la Culture, de l'ISESCO et de l'UNESCO, ont donné le coup d'envoi du projet "Ville et patrimoine". Un programme qui débute à Bejaâd et qui prévoit le recensement et la remise à niveau des nombreux sites historiques et archéologiques de la ville. Sa mise en ½uvre a été confiée à la Commission nationale marocaine pour l'éducation, les sciences et la culture, justement présidée par ce même Habib El Malki, qui nourrit le rêve secret de voir sa ville natale classée parmi le “patrimoine culturel universel”. Vu le potentiel de Bejaâd et surtout l'entêtement de ses enfants, l’espoir est permis.
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Ψadmin
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Bonjour à tous,
Lalla hima, bonjour et merci.
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Salah,
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